
On peut acheter presque partout un collier anti-aboiement, qu’il soit à jet de citronnelle/vibration/impulsion électrique.
Forcément, il s’agit donc d’un outil d’entraînement efficace et sécuritaire.
N’est-ce pas..?
N’est-ce pas, tout le monde ?
N’EST-CE PAS ?!
C’est fou que j’aie encore à expliquer pourquoi ces trucs sont horribles en 2026. Pourtant, nous y voici, nous y voilà.
Détrompez-vous, je ne suis pas fâché contre vous, lecteurs. Vous avez un problème et vous tentez désespérément de le régler. Il va sans dire que vous allez considérer l’outil disponible partout et vendu comme une option « humaine et efficace ». Ce n’est pas de votre faute, mais plutôt celle de la législation qui prend beaucoup trop de temps à rattraper la science du comportement canin.
Vous savez pourquoi vous ne trouverez pas, sur Amazon, un bâton « Spécial éducation de l’enfant dérangeant », fait spécialement pour tabasser votre gosse quand il est turbulent ? Parce qu’on ne fait plus ça, pour de très bonnes raisons. C’est la même raison pour laquelle vous ne devriez pas pouvoir trouver des centaines de modèles « tendances » d’outils d’entraînement utilisant la douleur ou la peur pour que votre chien vous écoute.
Bon okay, il y à des magasins où on peut acheter une pagaie pour donner la fessée à quelqu’un qui « fait des bêtises ». Mais là on parle d’adultes consentants, ce n’est pas pareil…
À sa défense, la loi a fait des progrès récemment : depuis juin 2025, il est illégal pour un professionnel d’utiliser, d’enseigner ou de recommander l’utilisation d’un dispositif qui cause du stress, de la douleur ou de la peur. Ça inclut notamment les colliers anti-aboiement. Malheureusement, il est toujours parfaitement légal de les vendre et et de les utiliser pour ceux qui savent le moins s’en servir.
Pourquoi le collier anti-aboiement est-il si populaire, et pourquoi vous ne devriez jamais en mettre un sur votre chien.
Je pourrais écrire un roman sur ce sujet. Peut-être un jour, mais je vais tenter de rester bref pour cette fois-ci :
Vous ne devriez pas utiliser un collier anti-aboiement, peu importe le type. Point barre.
Okay ciao !
Plus sérieusement, plongeons rapidement dans les raisons qui font que ces outils sont nocifs à ce point là.
Les colliers anti-aboiement devraient être le #1 sur le top 5 des « conseils » les plus dangereux pour l’anxiété de séparation.
Une recommandation fréquente spécifique à l’anxiété de séparation, qui est bien plus dangereuse pour le chien, a pris la position numéro un, mais le collier anti-aboiement n’est pas loin derrière.
Comment le collier anti-aboiement fonctionne-t-il ?
Peut importe qu’il s’agisse d’un collier à jet de citronnelle, à vibrations, à bruits ou à impulsions électrique. Ils sont tous conçus autour des mêmes principes de psychologie animale, mais avec des niveaux d’intensités variables.
Le collier produit quelque chose (bruit, choc, odeur, vibration). Cette sensation ira donc, au mieux, surprendre le chien et, au pire, lui faire mal ou faire chier dans son froc. Par conséquent, le chien est sensé associer l’expérience fort désagréable avec le comportement qu’on tente d’éliminer. L’idée c’est donc :
Le chien aboie → il se mange un jet de citronnelle → il comprend qu’aboyer = citronnelle → il arrête d’aboyer.
Dans certaines situations et avec un environnement d’entraînement parfait, c’est techniquement vrai, scientifiquement parlant. Cependant, ça ne s’applique pas du tout à l’anxiété de séparation. En plus, dans les cas où ça pourrait/devrait fonctionner, il y a mille et une choses qui peuvent mal virer.
Le plus grand risque, et ce qui arrive fréquemment, c’est que le chien va associer autre chose à la douleur : une personne, un bruit, une odeur, un autre comportement que celui visé. Au fil du temps, votre chien développera un à priori négatif envers ce qu’il croit être la source des chocs qu’ils reçoit.
On peut vite se retrouver avec un chien qui démontre de l’agressivité envers des gens qu’il adorait auparavant, ou qui refuse maintenant catégoriquement d’entrer dans une pièce de la maison. Tout ça, sans avoir eu le moindre progrès sur le problème qu’on tentait de régler…
La peur et l’anxiété invitent plus de peur et d’anxiété
Vous n’arriverez jamais à vous débarrasser d’un problème qui est issu d’une peur, d’anxiété ou d’un inconfort en y ajoutant plus de peur, d’inconfort ou d’anxiété. Pas plus compliqué que ça. Au mieux, vous allez déplacer le problème.
Je crois que la meilleure façon de vous faire comprendre, c’est avec une mise en situation.
Utilisons un exemple humain
Une araignée tombe soudainement sur la tête de votre amie Arachnophobe.
Elle commence à paniquer. Elle crie, court partout et gesticule sans logique.
Vous roulez un magazine et commencez à lui foutre des coups (votre amie, pas l’araignée).
Vous lui criez aussi « MAIS CALME TOI, BORDEL !«
En plus d’avoir une araignée sur la tête, cette pauvre personne est maintenant en train de se faire agresser par les tendances mode du mois dernier.
Votre intervention a-t’elle été productive ? Cette amie va-t-elle vous faire plus ou moins confiance par la suite ? Au final, avez-vous enseigné avec succès une réaction plus adéquate à votre amie pour la prochaine fois qu’une araignée lui tombe sur la tête ?
Bah non.
C’est habituellement dans cette partie de la conversation que quelqu’un va me dire « Alors quoi, je laisse mon chien faire ce qu’il veut ? Il ne doit donc jamais recevoir de punition ? »
Le mot « punition » est compliqué. Vous obtiendrez des définitions très différentes de tout le monde. Gardons les choses simples :
- Une punition n’est pas obligée d’être douloureuse, stressante, effrayante ou stressante pour avoir un impact.
- Les chiens apprennent beaucoup plus efficacement et rapidement par le succès que par l’échec.
- Non, je ne suis pas en train de vous dire laisser votre chien faire ce qu’il veut en tout temps. Il y a tout simplement beaucoup, beaucoup de manières d’obtenir les comportements qu’on désire d’eux sans devoir instrumentaliser la peur.
Tout ça sans compter que la science est claire depuis longtemps. L’éducation basée sur la punition, la peur et l’intimidation est non seulement plus risquée, mais aussi moins efficace. Ce n’est pas pour rien que les pros du monde canin n’ont plus le droit de recommander ces méthodes.
Refouler le comportement n’a aucun effet sur l’anxiété qui l’a causé
Rarement et avec « chance », les jappements arrêterons parce que le chien aura compris pourquoi il reçoit une décharge.
Toutes mes félicitations, vous avez réussi à retirer les batteries du détecteur d’incendie. La maison est toujours en feu…MAIS vous n’entendez plus ce bip bip bip désagréable !
Les aboiement incessant sont un problème majeur, nous sommes tous d’accord là dessus. Ils mènent très souvent à des soucis au niveau du voisinage. Ça peut aussi aller jusqu’à l’intervention de la gendarmerie et du maire de la commune. Je comprends totalement votre sentiment d’urgence et votre désir de stopper le bruit le plus rapidement possible.
Il s’agit toutefois d’un symptôme, et non du réel problème.
Si de la fumée remplit la maison, on ne va pas ouvrir une fenêtre avant de retourner s’asseoir. On appelle les pompiers et on court chercher l’extincteur.
Si vous supprimez les aboiement de votre chien à travers la peur et la douleur, vous aurez toujours un chien qui souffre d’anxiété de séparation, et tous les autres effets dévastateurs de cette phobie seront toujours présents. La seule différence, c’est que vous aurez appris à votre chien que de communiquer est une très, très mauvaise idée. Ça ne fait que compliquer les choses par la suite.
C’est un bon moment de ramener un extrait de « L’anxiété de séparation disparaîtra-t-elle si on ignore le chien ?« :
Votre chien ne vous a pas choisi. C’est l’inverse.
Il compte sur vous pour être nourri, dépensé, aimé, mais aussi pour se sentir en sécurité.
Vous êtes les seuls à pouvoir militer pour son bien-être.
Ne l’oubliez jamais.
« Mais c’est un professionnel qui m’a conseillé le collier anti-aboiement ! »
Si ça été fait après juin 2025, sachez que c’était carrément illégal de la part de cette personne de vous donner cette recommandation. Malheureusement, on trouve de tout et n’importe quoi dans le domaine d’éducation canine. Un des plus gros défis, en tant que propriétaire de chien, c’est de savoir évaluer les conseils qu’on vous lancera constamment, même quand vous n’en demandez pas.
Manque de formation continue et vieilles connaissances désuètes
Tel que mentionné plus haut, l’éducation canine reste très peu réglementée. Malgré les progrès législatifs, certains continuent à offrir des conseils inutiles, voir néfastes. Il y a beaucoup de gens qui se trimbalent avec des croyances obsolètes et dangereuses. Ce qu’ils prennent pour acquis a été prouvé être tout simplement faux ou vrai mais avec de graves conséquences.
Lorsqu’on parle de « monsieur et madame tout le monde », donc de vous lecteurs et de vos proches, c’est normal ! J’en sais un peu sur la mécanique automobile, mais je n’ai pas du tout les connaissances pour bien régler tout problème. C’est à mon mécano de savoir tout ça.
Là ou ça devient problématique, c’est lorsqu’on reçoit ou donne des conseils avec la certitude qu’ils sont adéquats, sans avoir l’expertise nécessaire derrière.
S’assurer qu’on ne se fait pas mal conseiller
Malheureusement, c’est à vous que revient la lourde tâche de recherche avant de croire ce qu’on vous dit et encore plus avant de débourser des centaines d’euros pour recevoir de l’aide professionnelle avec votre toutou. Les lois en vigueur servent à mieux encadrer notre profession, mais il est malheureusement très facile d’avoir tous les titres en règles et de continuer de dire n’importe quoi.
Ma recommandation la plus simple pour tout conseil qu’un comportementaliste ou proche vous offre :
Savoir dire « non merci »
Si votre chien semble détester ou avoir peur de ce qu’on vous a conseillé, arrêtez. Si vous ne vous sentez pas confortables avec ce qu’on vous dit de faire…arrêtez.
Je sais que c’est foutrement difficile de dire non à quelqu’un qui se présente comme un expert, surtout si c’est un parent ou si vous avez payé pour qu’il vous aide. Il faut le faire. Le plus tôt vous arrêtez, le moins de pots cassés vous aurez à ramasser par la suite.
Pour établir une bonne base, allez voir le reste du top 5 des « conseils » les plus dangereux en anxiété de séparation, ou faites la lecture de notre blogue rempli de guides et de conseils gratuits sur l’éducation canine.
Si vous ne voyez toujours pas la bout des crottes retrouvées au sol après chaque départ et voulez en savoir sur plus le traitement de l’anxiété de séparation, écrivez-nous ! La rencontre d’évaluation pour ce trouble est complètement gratuite.

Stéphane Fiset
Éducateur comportementaliste
Stéphane est un éducateur canin qui se spécialise dans le développement et l’éducation du chiot et dans le traitement de l’anxiété de séparation. Vous retrouverez une multitude de ses guides complets pour chiots sur notre blogue!
