« L’éducation canine en méthode positives, ce n’est certainement pas pour les grands chiens de berger réactifs. Et ça rend obèse et dépendant. »

Aujourd’hui, je suis d’humeur à déconstruire des mythes sur les méthodes positives. Chaque semaine, j’en entends des vertes et des pas mûres au sujet de l’éducation canine. Alors une fois de temps en temps, j’aime faire un rappel sur ce qui est vrai, et les mythes qui ont la peau dure.
Avant de se lancer, on va établir ce que ça veut dire concrètement d’entraîner en méthodes dites positives :
- Les protocoles d’apprentissage sont créés en mettant le chien en situation de succès, pour récompenser les comportements qu’on souhaite intégrer.
- Les protocoles visent à apprendre un comportement dont le chien est capable aujourd’hui, et le faire évoluer en un comportement qu’on veut maintenir de façon stable dans le futur.
- Les échecs sont minimisés, et ne sont jamais punis pas de la peur ou de la douleur. Donc on n’utilise pas de colliers aversifs, torquatus, de méthodes coercitives, de pression, de cris, de coups, d’électricité etc.
- Les stratégies et protocoles sont élaborés en se basant sur des donnés tangibles obtenues par des études scientifiques. Le comportement est une science, on a des informations fiables grâce à des chercheurs : autant s’en servir !
Dans les grandes lignes, c’est comme ça que fonctionne l’éducation canine positive.
Les méthodes positives ne sont pas pour toutes les races

Les étapes étaient très proche de celles pour un chien !
Je ne sais pas si c’est parce que c’est le plus fréquent ou le plus problématique, mais je crois que c’est celui qui m’énerve le plus.
Est-ce qu’on peut entraîner un petit chien, un chien de berger de lignée de travail, ou un chien primitif en méthodes dites positives ? La réponse est tout simplement oui.
Un chien est un chien, qui est un animal. Surprise : on entraîne un nombre incroyable d’animaux en méthodes positives. Les dauphins et les orques dans les parcs aquatiques, vous les voyez avec un collier électrique ? Quand on vaccine un tigre ou qu’on nettoie la bouche d’un crocodile dans un zoo, croyez moi c’est sans collier étrangleur. Et les exemples sont nombreux : les oiseaux de proie, les oiseaux de compagnie, les reptiles dans des sanctuaires animaliers…
Si on peut entraîner une hyène à cibler un carré au sol quand on entre dans son enclos, ou un lion à se faire vacciner sans l’endormir, ne vous en faites pas pour votre malinois qui est distrait ou réactif en promenade. On devrait s’en sortir.
Et oui, dans ces exemples, on a des animaux qui ont déjà mordu ou agressé des humains ou des congénères.
Les méthodes positives entraînent tous les chiens de la même façon
Alors non, ce n’est pas ce que j’ai dit. Et heureusement ! En gros, le squelette du protocole sera le même : cibler le comportement problématique, comprendre sa cause, son déclencheur et sa fonction. Trouver des alternatives fonctionnelles qui sont acceptables dans la situation, les entraîner, et protéger les progrès le temps de l’entraînement via des moyens de gestion. Et bien sûr, trouver ce qui motive le chien !
Sur ce cadre, on va appliquer les spécificités du chien en face de nous : le chihuahua terrorisé ou le rottweiler surexcité ne seront donc pas entraînés de la même façon. On aura des variations dans le type de récompense (nourriture, jeu, accès à des endroits/amis/activités, …), dans la fréquence et la durée des sessions, dans le ratio gestion vs exercices, etc.
Mais au bout du compte, le protocole est créé en se basant sur la même méthode, qui a été étudiée scientifiquement et montrée comme la plus efficace et la plus basse en effet secondaires problématiques. Pour plus d’info à ce sujet (avec leurs sources), on en parle sur notre page A propos.
Et pour finir, la réactivité. La réactivité est un comportement qui a une cause, un déclencheur, une fonction, une motivation… Vous voyez où je veux en venir ? Il est tout à fait possible de travailler la réactivité canine en méthodes positives. En fait c’est même recommandé par la science.
On ne dit Non à rien, en méthodes positives

Les chiens entraînés en positif ont des limites. Voilà, c’est dit.
La seule différence, c’est qu’on leur apprend sans taper ou crier dessus. Ca paraît si simple, dit comme ça, non ?
Alors est-ce qu’on peut mettre une conséquence à un chien qui dépasse une limite ? Oui, c’est juste qu’on ne va pas miser sur la peur ni la douleur. On va miser sur la déception. Encore une fois, si on a bien identifié ce qui motive le chien en face de nous, il est possible de lui enlever/refuser l’accès à quelque chose qu’il pensait avoir. Je vous donne un exemple simple et que j’entends tout le temps.
« Les éducs en positifs vont vous dire de laisser le chien vous sauter dessus jusqu’à ce qu’il s’assoie. » Si vous me connaissez un peu, vous savez que la patience n’est pas ma qualité #1. Absolument hors de question d’attendre que ça passe, encore moins quand « ça » a des griffes !
Par contre, si on sait que le chien saute pour avoir les récompenses que je viens de sortir, on peut jouer sur « Si tu sautes, je les remets au frigo et je retourne m’assoir sans t’entraîner. Tant pis pour toi. » Et croyez moi, il va rapidement ajuster sa stratégie si les sauts font constamment partir la nourriture !
On peut appliquer le « Tant pis pour toi » avec toutes sortes de motivateur : l’arrêt du jeu, ranger les récompenses, ne pas aller sentir le lampadaire-spot-à-pipi-du-quartier, ne pas aller ouvrir la porte du parc canin… Attention tout de même à ne pas miser que sur ça : vous n’avez pas dit à votre chien ce qu’il est sensé faire à la place. On utilise donc cette façon de limiter le chien en parallèle avec l’apprentissage de comportements qui répondent à son besoin.
BONUS : J’ai essayé sans succès, donc ça ne fonctionne pas.
C’est une croyance répandue dont je voulais parler. Beaucoup de mes clients ont eu une première expérience plutôt négative, avant de m’appeler. Et ils me disent : « On a passé des mois à essayer cet exercice, ça n’a rien donné. Alors même si les méthodes positives étaient notre premier choix, ça nous a découragé ! ». Et franchement, je peux les comprendre ! Et puis je leur demande des détails sur l’exercice et… c’est du grand n’importe quoi.
Malheureusement, il y a un aspect de la profession de comportementaliste canin (et félin, d’ailleurs) qu’il faut garder en tête : la règlementation est quasi inexistante. Que ce soit en France ou au Québec, n’importe qui peut légalement s’improviser « comportementaliste », « maître-chien », « éducateur en rééducation » … Tant que les règles pour ouvrir légalement une entreprise sont respectées, et pour la France qu’on obtient une attestation qui s’obtient en 2 semaines qui ne survole même pas les bases du conditionnement, tout est bon.
Il peut donc arriver que vous tombiez sur un comportementaliste incompétent, peu importe le style de méthodes que vous avez choisi d’utiliser. Ou quelqu’un pour qui votre cas était trop compliqué, et qui n’a pas su référer à un professionnel plus expérimenté. Ou à quelqu’un qui s’est formé il y a 25 ans et n’a jamais jeté un œil aux avancées de la science du comportement depuis. Résultat : on vous a fourni un protocole d’entraînement inadapté à votre situation, ou impossible à mettre en application.
Souvenez-vous toujours de suivre votre instinct : si quelque chose vous paraît bizarre ou absurde, questionnez ouvertement ! Un bon éducateur sera capable de vous expliquer la logique derrière son protocole. Un comportementaliste formé exposera ouvertement son CV sur son site, d’ailleurs voici le mien ici.

Voila, ça fait le tour des mythes sur les méthodes positives que j’entends le plus. La semaine prochaine, on parlera des mythes sur l’utilisation de nourriture. J’ai déjà hâte !

Nina Esmery, CTC, BSc, FSG1
Éducatrice comportementaliste
Nina est une spécialiste du comportement canin, qui travaille majoritairement sur la réactivité canine. Elle croit beaucoup aux liens communautaire et au soutien entre les familles de chiens réactifs, et approchera avec empathie les personnes qui essaient de travailler le comportement de leur chien.
